Salaire net de frontalier à Genève : combien reste-t-il vraiment ?
Un salaire brut de 100 000 CHF à Genève ne laisse pas 100 000 CHF sur le compte, ni même 90 000. Après les cotisations sociales suisses et l'impôt à la source, il reste environ 73 500 CHF — soit 5650 CHF par mois sur treize mois. Voici la décomposition, ligne par ligne, et les cinq postes qui font varier ce chiffre.
1. Ce qui est prélevé, dans l'ordre
La fiche de paie genevoise enchaîne deux étages : d'abord les cotisations sociales, obligatoires et identiques pour tous, puis l'impôt à la source, qui dépend de votre situation familiale.
| Salaire brut annuel | 100 000 CHF |
| AVS / AI / APG — 5,3 % | – 5 300 CHF |
| Assurance-chômage — 1,1 % jusqu'à 148 200 CHF | – 1 100 CHF |
| LAA non professionnelle — ≈ 1 % | – 1 000 CHF |
| Caisse de pension LPP — ≈ 6 % | – 6 000 CHF |
| Impôt à la source, barème A0 — ≈ 13,1 % | – 13 100 CHF |
| Net annuel · par mois sur 13 | 73 500 CHF · 5 650 CHF |
Notez l'ordre de grandeur : l'impôt à la source est ici le plus gros prélèvement de la fiche, davantage que l'AVS et la caisse de pension réunies. C'est aussi le seul sur lequel vous pouvez agir.
2. Le net selon le brut
Estimation pour un célibataire sans charge de famille, taux LAA de 1 % et LPP de 6 % :
| 60 000 CHF brut | ≈ 48 200 CHF net · 3 710 CHF/mois |
| 80 000 CHF brut | ≈ 61 100 CHF net · 4 700 CHF/mois |
| 100 000 CHF brut | ≈ 73 500 CHF net · 5 650 CHF/mois |
| 150 000 CHF brut | ≈ 104 000 CHF net · 8 000 CHF/mois |
Le taux de prélèvement total passe ainsi d'environ 20 % à 60 000 CHF à plus de 30 % à 150 000 CHF : c'est la progressivité de l'impôt à la source qui produit cet effet, les cotisations sociales étant proportionnelles.
🇨🇭 Calculez votre net avec vos propres tauxCanton de travail, LPP et LAA ajustables, taux d'impôt éditable →3. Les deux inconnues de votre fiche : LPP et LAA
Ce sont les deux postes que personne ne peut deviner à votre place. Les bonifications de vieillesse LPP augmentent par tranche d'âge — de 7 % à 18 % du salaire coordonné — et la répartition employeur/employé varie d'un plan de prévoyance à l'autre. Un salarié de 55 ans cotise nettement plus qu'un salarié de 30 ans, à salaire égal.
La prime LAA non professionnelle, elle, dépend du secteur d'activité de l'employeur et se situe le plus souvent entre 0,7 % et 1,6 %. Votre certificat de prévoyance et votre décompte de salaire donnent les deux chiffres exacts : remplacez les valeurs par défaut du calculateur par les vôtres.
4. Le barème d'impôt à la source change tout
Le taux de 13,1 % utilisé ci-dessus correspond à un célibataire sans charge de famille (barème A0). Avec un conjoint sans activité lucrative (barème B) ou des enfants à charge, le taux baisse sensiblement ; avec un conjoint qui travaille aussi (barème C, « double gain »), il peut être plus élevé.
Genève applique par ailleurs le modèle annuel : le taux est déterminé sur le revenu de l'année, ce qui lisse le 13e salaire et les bonus au lieu de les frapper d'une pointe de taux mensuelle. Si votre situation familiale change, prévenez votre employeur : la correction n'est pas automatique et un barème erroné se paie en milliers de francs.
📋 Comprendre son barème d'impôt à la sourceBarèmes A, B, C, H, modèle annuel, rectification avant le 31 mars →5. Ce qui n'apparaît pas sur la fiche
- L'assurance maladie. Elle ne figure pas sur le salaire : vous la payez séparément, après avoir exercé votre droit d'option entre la LAMal suisse et la CMU frontalière — un choix en principe définitif, à faire dans les trois mois.
- L'impôt français. Pour un frontalier travaillant à Genève, le salaire est imposé en Suisse ; il doit néanmoins être déclaré en France, qui accorde un crédit d'impôt. Le revenu suisse influence donc le taux appliqué à vos autres revenus.
- Le taux de change. Votre pouvoir d'achat réel dépend du cours CHF/EUR au moment où vous convertissez, et la marge de votre banque ampute 1 à 2 % de chaque virement.
- La compensation financière. Genève rétrocède 3,5 % de la masse salariale de ses frontaliers aux départements français voisins. C'est un flux entre États : il ne sort pas de votre poche et n'apparaît nulle part sur votre fiche.
6. Le levier à ne pas manquer : le quasi-résident
Si vous réalisez au moins 90 % de vos revenus bruts mondiaux en Suisse — ceux de votre conjoint compris —, vous pouvez demander à être imposé comme quasi-résident : vous déposez une déclaration genevoise complète et faites valoir vos déductions réelles (pilier 3a, rachats LPP, intérêts hypothécaires, frais de garde) au lieu du forfait inclus dans le barème.
Le délai est impératif : le 31 mars de l'année suivante, et la demande est irrévocable. Faites le calcul dans les deux hypothèses avant de déposer, car le résultat n'est pas toujours favorable.
Questions fréquentes
Combien reste-t-il net d'un salaire de 100 000 CHF à Genève pour un frontalier ?
Environ 73 500 CHF par an, soit 5650 CHF par mois sur treize mensualités, pour un célibataire sans charge de famille avec des taux LAA de 1 % et LPP de 6 %. Les prélèvements se répartissent entre 13 400 CHF de cotisations sociales et environ 13 100 CHF d'impôt à la source.
Quelles cotisations sociales un frontalier paie-t-il en Suisse ?
AVS/AI/APG à 5,3 % du brut sans plafond, assurance-chômage à 1,1 % jusqu'à 148 200 CHF puis 0,5 % au-delà, LAA non professionnelle (environ 1 %, selon l'employeur) et caisse de pension LPP (variable selon l'âge et le plan).
Le 13e salaire augmente-t-il le net annuel ?
Non. Le total annuel est identique : le 13e salaire ne change que la répartition mensuelle. Genève appliquant le modèle annuel pour l'impôt à la source, il ne subit pas non plus de pointe de taux.
Un frontalier travaillant à Genève paie-t-il des impôts en France ?
Le salaire suisse est imposé à Genève, mais il doit être déclaré en France, qui accorde un crédit d'impôt en application de la convention de double imposition. Il influence donc le taux appliqué à vos autres revenus français, sans être taxé deux fois.
Peut-on récupérer une partie de l'impôt à la source ?
Oui, par une demande de rectification en cas d'erreur de barème, ou par une taxation ordinaire ultérieure comme quasi-résident pour faire valoir ses déductions réelles. Les deux doivent être déposées avant le 31 mars de l'année suivante.